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Phytothérapie et aromathérapie en rhumatologie


La consommation excessive d’antalgiques est une préoccupation majeure de santé publique. Elle l’est pour les médecins, les professionnels de santé. Elle l’est également pour les autorités et en particulier les autorités de santé (ministère, HAS, ANSM). Elle l’est cependant et peut être principalement pour les patients eux-mêmes.


Les derniers chiffres fiables (ANSM) montrent que dans le top 15 des médicaments vendus en officine, le paracétamol tient la première place, suivi de l’ibuprofène, puis de la codéine, et du tramadol. L’amoxicilline arrive en numéro 5, ce qui signifie que les quatre premières places sont occupées par des antalgiques de palier 1 et 2.


On peut se réjouir de ne pas voir figurer de produits réellement dangereux ou vecteurs d’addictions systématiques. Mais leur innocuité n’est pas totale et nous connaissons les céphalées chroniques quotidiennes induites par les anti-inflammatoires dont l’ibuprofène en bonne part. Quant au paracétamol, sa toxicité hépatique n’en fait pas un médicament totalement anodin.


Il est donc assez logique que les patients et leurs professionnels de santé soient demandeurs de solutions alternatives.


Elles sont multiples et on distinguera par commodité les solutions médicamenteuses de celles non médicamenteuses.

Dans ces dernières, l’acupuncture et l’acupuncture auriculaire ont une place de choix par leur très fiable et très régulière efficacité. Une innocuité quasi totale grâce à l’usage unique des aiguilles les placent dans les traitements princeps en crises aigues et en excellent adjuvant dans les pathologies chroniques. Hélas ces disciplines ne souffrent que d’une seule maladie chronique : la désaffection des médecins (pas celle des patients) et le nombre dangereusement réduit des praticiens qui les pratiquent.

Les thérapeutiques sans aiguilles sont d’une grande importance aussi. La kinésithérapie surtout dans ses formes les plus pertinentes (approches Mézières, Ehrenfried, Feldenkrais), correctement pratiquée est efficace sur le long cours, de même que les versions vulgarisées (dans le bon sens du terme) que sont le stretching postural ou la gymnastique holistique.

Enfin la méditation agissant aussi bien sur la posture que sur le mental est un très bel outil encore sous utilisé, hélas.

Les gymnastiques inspirées de la médecine traditionnelle chinoise ont une bonne action à condition d’être pratiquées dans le respect du corps et l’écoute de soi. Le Tai chi chuan 太极拳, mais surtout le Qi Gong, phonétiquement tchikong 气功, proposent trop souvent (en France) des postures bien trop « délordosées », dont le bénéfice pour des rachis fragilisés n’est pas optimal. La pratique en Chine est plus douce et me semble plus adaptée, tenant compte de l’âge et de l’état rhumatologique du patient.


Les solutions médicamenteuses sont en premier l’homéopathie mais ce n’est pas l’objet de cet article. Cela est aussi la nutrithérapie, que nous ne traiterons pas ici.


La phytothérapie et l’aromathérapie sont deux pharmacopées tout à fait majeures dans la stratégie médicamenteuse alternative. Leurs deux seuls inconvénients sont leur coût puisque hors du champ du remboursement et la nécessité de respecter les doses et les indications car nous sommes, contrairement à l’homéopathie, dans le pondéral.


En phytothérapie (utilisation d’extraits de plantes fluides ou secs) et en aromathérapie (utilisation d’huiles essentielles et d’essences de plantes), il s’agit de lutter contre la douleur, l’inflammation, de lutter contre la contracture musculaire et de rétablir une bonne minéralisation.


Les solutions phytothérapiques en rhumatologie


Les indications donnée ici ne concernent que les adultes hors périodes de grossesse et d’allaitement.


Quelques plantes de l’inflammation et de la douleur


Harpagophytum

Elle est appelée griffe du diable à cause de la forme de ses fruits en crochets acérés qui pouvaient blesser les sabots des animaux. C’est pourtant la racine de cette plante africaine qui est utilisée pour ses propriétés anti inflammatoires surtout. Le fait que l’action anti inflammatoire de l’harpagophytum passe par d’autres mécanismes que celui des prostaglandines explique probablement l’absence d’effets secondaires classiques des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en même temps qu’une régulière efficacité. L’action antalgique n’est pas au premier plan, mais une action myorelaxante a été mise en évidence qui ne semble pas passer par la système nerveux central, mais relève d’une action périphérique. Cela explique l’absence de troubles de la vigilance que l’on retrouve dans les myorelaxants classiques.

De nombreuses études ont montré son efficacité aussi bien dans les accès aigus de rhumatismes que sur l’évolution de l’arthrose au long court.

Une dose moyenne de 1000mg d’extrait sec par jour sous forme de plusieurs gélules, en fonction des dosages des différents laboratoires pourra être prescrite sur des périodes de vingt jours mensuels avec une fenêtre de dix jours.


Le saule blanc

Les saules sont les salicylés historiques (avec la reine des prés) puisqu’à l’origine de la synthèse de l’aspirine. Si le nom commercial « aspirine » vient de spirea ulmaria, dénomination latine de la reine des prés, le nom d’acide acétylsalicylique de la molécule provient de l’étymologie « salix » du saule.

Mais on ne peut réduire l’action des saules et du saule blanc en particulier à l’action d’un simple salicylé et du seul apport de salicyline. Son action est comparable aux autres AINS et aux autres anti COX, mais la tolérance est bien meilleure que celle de l’aspirine et aucun effet secondaire aigue du type COX n’a été observé.

Bien sûr on retrouve l’action anti inflammatoire, l’action analgésique, l’action antipyrétique et même antiagrégante plaquettaire qui montre la signature salicylée.

Cependant, on voit bien là l’exemple de la notion de totum puisque les dérivés métaboliques salicylés restent bien plus bas qu’avec un salicylé classique. Les posologies sont fonction du degré de concentration de salicyline dans les différents extraits secs et dépendent donc du laboratoire qui les commercialise.


La reine des prés

Cette plante vivace pousse sur des lieux humides. Elle est totalement absente sur le, pourtour méditerranéen et aime les zones au climat tempéré et pluvieux.

Son caractère salicylé retrouve les mêmes considérations que le saule. Cependant, si le saule délivre son action dans son écorce et correspond à un totum très généraliste sur les rhumatismes, la reine des prés, plante qui absorbe l’humidité des sols, est particulièrement indiquée chez les sujets sensibles à l’humidité et dont les rhumatismes seront aggravés en fonction du temps humide. En plus des actions anti inflammatoires et antalgiques, la reine des prés possède un fort pouvoir anti oxydant, par ses flavonoïdes en particulier, et a montré sur des modèles animaux une activité anti oncogène.

Tout cela rappelle fortement un Rhus toxicodendron en homéopathie pour la météo sensibilité, mais surtout thuya. On proposera des cures de reine des prés aux périodes d’équinoxe surtout chez les personnes sensibles aux variations climatiques. A l’automne pour préparer la rentrée dans le froid humide et au printemps pour détoxifier le corps des effets néfastes prolongés de l’humidité.

La posologie se situe autour de 500mg d’extrait sec par jour.


Le curcuma

Il est en vogue et connu pour ses propriétés anti oxydantes. Associé à la pipérine du poivre noir pour une absorption intestinale optimale, il est un préventif des maladies neuro dégénératives et un adjuvent dans les traitements oncologiques, en dehors des périodes de traitement.

Mais il est aussi un excellent anti inflammatoire et analgésique connu depuis longtemps sur les phénomènes d’arthrite inflammatoire. Cette action n’en fait tout de même pas le grand médicament de l’aigu, mais plutôt un traitement de fond particulièrement pertinent par son action anti oxydante en même temps qu’anti inflammatoire. Il est donc indiqué dans l’arthrose mais aussi dans les rhumatismes inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, ou la pseudo polyarthrite rhizomélique. Cette action de fond s’explique aussi par son action sur la dysbiose intestinal dont on connait le rôle délétère sur la dégradation des articulations et sur l’inflammation.

Son utilisation alimentaire sera encouragée mais l’action phyto se fera surtout grâce aux extraits secs. La posologie varie en fonction de la galénique et de la teneur en curcuminoïdes. Un apport de 100mg de curcuminoïdes est optimal. Les laboratoires proposent souvent une association avec de la pipérine pour améliorer la biodisponibilité.


La cassis

Il est un anti inflammatoire de premier plan. Si les baies ont, comme toutes les baies, une action surtout antioxydante au niveau veineux et au niveau des yeux, les feuilles en extrait secs associent trois actions combinées qui en font un médicament phytothérapique à la fois aigu et de fond. La première action est une action anti inflammatoire générale et articulaire particulièrement. La deuxième qui complète la première est une action diurétique et de drainage des organismes souvent polymédiqués et surchargés sur le plan toxines. La dernière action est une action surrénalienne anti fatigue.

En homéopathie, nous utilisons le Ribes nigrum en macérât glycériné qui exalte surtout les deux dernières propriétés, alors que l’usage phyto est principalement anti inflammatoire.

Les dosages des gélules tournent autour de 350mg d’extrait sec et on les utilisera à raison de trois gélules reparties dans la journée.


Quelques plantes de la minéralisation


La prêle des champs

C’est la variété equisetum arvense et non la variété equisetum palustre qui présente une toxicité.

Elle est d’un usage traditionnel surtout diurétique. Son action reminéralisante est liée à la présence abondante de silicium dans la plante, qui explique qu’elle soit très ligneuse. Pour que ce silicium puise exercer son action reminéralisante dans les algodystrophies par exemple et surtout dans l’ostéoporose, il convient d’utiliser la poudre de plante sèche et non pas des extraits qui favorisent davantage l’action diurétique.

On ne fera pas d’utilisation prolongée car une certaine pharmacovigilance existe pour des doses accumulées trop longtemps. On retrouve bien là l’effet hormésis de notre grand Silicea homéopathique. En outre les gélules des laboratoires contiennent en général une poudre chauffée de manière à éliminer les thiaminases qui risquent par usage prolongé ou cumulatif d’entrainer une carence vitaminique en thiamine (B1)


Le bambou


Ce roseau d’origine asiatique est une source de silice comme la prêle. C’est la sève qui est la partie utilisée et qui lui confère toutes ses propriétés. Comme pour la prêle, la silice a une action multiple, de fixation du calcium et des minéraux sur le tissu osseux (action reminéralisante) mais aussi une action de détoxification articulaire et antioxydante. Le bambou a donc un intérêt, essentiellement en chronique, dans les problèmes d’ostéoporose, de décalcifications, d’algodystrophie, de consolidation des fractures. Il a aussi une action pour redonner souplesse et trophicité au cartilage et constitue un bon anti arthrose par cures séquencées avec d’autres plantes. Il est intéressant dans les tendinites rebelles. Il a une action stimulante sur la synthèse du collagène et outre une action sur la peau intervient à tous les niveaux des affections rhumatismales, qu’il s’agisse d’une atteinte osseuse, cartilagineuse, ligamentaire mais aussi sur les fascias qui s’altèrent et se raidissent avec l’âge. A ce titre, il est donc un très bon anti âge rhumatologique. Il agit sur le mal de dos en général et un bon moyen mnémotechnique (ou une signature comme on voudra) est de voir dans ce roseau fièrement érigé avec ses nœuds, tels des métamères, un rachis rajeuni et souple sous les assauts du vent et de l’âge. Une posologie de 200mg par jour d’extrait sec est préconisée.


Pour notre part, notre habitude est de prescrire les plantes en extraits secs et en gélules, dans un certain unicisme phytothérapique. Associées à un traitement homéopathique, la plante est un adjuvant de déblocage tout à fait intéressant, en rhumatologie tout particulièrement. Les posologies devront être adaptées aux galéniques et peuvent changer légèrement d’une gamme de laboratoire à une autre.


Quelques huiles essentielles


L’aromathérapie est une arme redoutablement efficace. Les propriétés des molécules aromatiques qui les composent (monoterpènes et sesquiterpènes, alcools, éthers, esters, coumarines, aldéhydes, etc.) expliquent que certaines puissent être utilisées par voie interne, d’autres externes en applications ou frictions, d’autres encore en diffusion.

La double solubilité des actifs qui leur permet de franchir toutes les membranes biologiques, en particulier foeto-placentaire et hémato-méningée, explique les précautions drastiques à prendre chez l’enfant et la contre-indication chez les femmes enceintes ou allaitantes.


Gaulthérie HE (huile essentielle) gaultheria procumbens

Cette HE a une odeur bien ancrée dans l’inconscient collectif par son usage ancien et répété dans différents baumes et crèmes contre les douleurs. « Cela sent le kiné » est une réflexion régulière de nos patients en humant le flacon pour la première fois. Le principe, actif, le salicylate de méthyle lui donne des propriétés surtout musculaires décontracturantes. L’huile est aussi anti inflammatoire et antalgique. Elle agit donc autant sur les tendinites que les arthrites, les crampes et les contractures. A utiliser en usage externe et en friction. On l’utilisera pure sur de petites surfaces (quelques gouttes) ou dilue dans une huile végétale (l’huile d’avocat a notre préférence) pour de plus grandes étendues. Pas d’utilisation en cas d’allergie à l’aspirine ou de traitement anti vitamine K du fait de la présence de salicylates.


Genièvre HE juniperus communis

L’alpha pinéne lui confère ses propriétés antirhumatismales surtout sut terrain goutteux. Il convient donc plutôt aux sujets âgés. La voie interne est possible, mais à faible posologie si la fonction rénale est limite. En friction et applications externes, on peut l’associer à l’HE de lavande (lavandula latifolia)


Katafray HE cedrelopsis grevei

Cet acajou blanc originaire principalement de Madagascar est moins connu, mais ses propriétés anti rhumatismales sont nombreuses, en usage externe.

Plusieurs actifs expliquent cela, betacaryophyllène, alpha copaène, ishwarane. Il est anti inflammatoire et antalgique et agit sur la composante nerveuse de la douleur. On lui prête d’ailleurs des actions plutôt toniques sur la motricité, la forme physique, mais aussi la fatigue mentale et même sexuelle. On l’utilise toujours dilué dans une huile végétale et il peut ne pas convenir à des peaux sensibles aux irritations.


Lavande HE

Il en existe plusieurs dont les propriétés ne sont pas superposables. C’est l’exemple de la nécessité du chémotypage en aromathérapie.

Lavandula officinalis (lavande vraie) a du linalol comme actif principal. L’HE est utilisable en externe et a l’avantage de pouvoir être utilisée pure ou diluée selon la surface à traiter. Elle agit autant sur la douleur articulaire que musculaire, la courbature, la contracture et a une action myorelaxante et sédative

Lavandula hybrida (lavandin) contient aussi du linalol, mais aussi du camphre. Son action est assez similaire, antalgique et myorelaxante en usage externe.

Lavandula latifolia (lavande aspic) est la plus intéressante en rhumatologie. Elle contient aussi du linalol et du camphre, de même que du cinéole 1-8 (eucalyptol). Elle s’utilise en interne comme en externe. Elle agit sur la composante inflammatoire autant que la contracture musculaire et a donc une action anti rhumatismale globale.

La présence de camphre dans ces HE doit inciter à la prudence du fait d’allergies possibles.


Marjolaine HE origanum majorana

Ses actifs sont le carvacrol et le thymol. Elle est notre préférée en pathologie aigue car on peut l’utiliser directement sur la peau, dans les cas d’entorse, de contusion et dans les poussées aigues des rhumatismes. Elle est antalgique et myorelaxante. En homéopathie, nous connaissons origanum pour sa propension à se faire remarquer !

Rien d’étonnant que d’avoir avec l’huile essentielle, un outil remarquable, vraie alternative aux anti inflammatoires cutanés type diclofenac.


Le monde de l’aromathérapie est une jungle luxuriante où se mélange les trésors et les dangers. Une connaissance pas à pas permet, en pleine connaissance de cause d’utiliser des produits fiables dont on connaitra les dosages, les limites en même temps que l’intérêt dans la stratégie thérapeutique globale.


La phytothérapie et l’aromathérapie ont parfaitement leur place dans l’ordonnance du praticien homéopathe. Si l’approche du terrain, du mode réactionnel chronique est essentiel, l’apport de tels produits les complètent parfaitement. Leur usage sera parcimonieux en nombre de produits différents. En premier lieu pour la toxicité cumulée, ensuite pour la visibilité des résultats, enfin pour le coût dans ce secteur non remboursé ou le stylo du prescripteur a vite fait de vider les ressources du patient.

Personnellement, j’aime alterner mois par mois et au fil des saisons, les plantes de l’ordonnance comme alternent sur les étals des maraîchers, les couleurs et les produits, tout au long de l’année.




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